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La télémédecine en action : témoignage

Qui êtes-vous ?

Dr Isabelle Girard Buttaz, je suis chef de service de neurologie du centre hospitalier de Valenciennes. Au sein de ce service, je dirige plus particulièrement l'unité neuro vasculaire (UNV), qui comporte 27 lits dont 8 lits d'unité de soins intensifs neuro-vasculaires (USI-NV). L'UNV  de Valenciennes prend en charge 1200 AVC par an.

Par ailleurs, le TéléAVC Artois Hainaut s'est appuyé sur deux promoteurs médicaux que sont le Dr Mounier-Véhier (chef de service de neurologie à Lens) et moi-même.

Où en est aujourd’hui votre projet de prise en charge de l’AVC par télémédecine ?

Le projet de TéléAVC Artois Hainaut avait, à sa fondation, deux objectifs, inscrits dans la convention signée avec l'ARS Nord Pas de Calais :

 

  • Le rétablissement de l’égalité de chance de prise en charge pour les patients victimes d’un AVC dans les deux bassins de population de l’Artois et du Hainaut (2.2 million d’habitants). En effet, à l’époque, trois UNV se trouvaient au nord de ces deux régions, alors que la partie sud (Avesnois (Maubeuge), Cambrésis, Arrageois) ne disposait pas d’UNV labellisée assurant la prise en charge des AVC 24h/24. Cette situation constitue une inégalité de chance à la fois pour la prise en charge des AVC en UNV, mais également face à la thrombolyse des accidents vasculaires cérébraux ischémiques potentiellement éligibles à un traitement par Thrombolyse.
  • La mise en place d’une garde mutualisée unique de neurologie et de radiologie assurant la permanence de soins des établissements entrant dans le dispositif. Ceci permet de labelliser des UNV à effectifs médicaux réduits.

Aujourd’hui, le projet a permis la création de deux UNV (Maubeuge et Arras) et d’une antenne de thrombolyse dans un service d’urgence disposant d’une IRM en urgence, mais n’ayant pas de neurologue et pas de service de neurologie. Ainsi, le dispositif comporte et relie quatre UNV : Lens, Maubeuge, Arras, Valenciennes et une antenne de thrombolyse à Cambrai.

Ceci a permis de rapprocher les populations soit d’une UNV (le plan AVC national spécifie qu’il faut permettre l’accès pour toute la population à un lieu de prise en charge en moins de 30 minutes) ou à défaut d’une antenne de thrombolyse leur permettant d’accéder au traitement urgent de l’AVC ischémique.

Les deux objectifs initiaux ont été atteints. La permanence des soins est parfaitement assurée : sachant que l’UNV d’Arras est construite sur une équipe de deux neurologues initialement, trois actuellement et celle de Maubeuge initialement de trois neurologues, cinq actuellement. Ce projet a donc semble-t-il également permis le renforcement des équipes et d’assurer la permanence de soin malgré la petite taille des équipes. Sur le plan radiologique, la situation est encore plus difficile concernant les effectifs, la garde radiologie regroupe aujourd’hui douze radiologues, ce qui permet un fonctionnement correct alors que chaque institution n’était pas en capacité seule d’offrir le service.

En ce qui concerne la thrombolyse des accidents vasculaires cérébraux, elle a considérablement augmentée entre 2010 et 2012 (le TéléAVC a commencé en juin 2011) de 64% sur nos régions d’activités alors que dans le même temps elle n’augmentait que de 46% dans le reste de la région Nord pas de Calais.

Un article publié par Dequatre et col. (Dequatre et all. J Neurol. 2014 Jul;261(7):1320-8.) a montré que le taux de thrombolyse par million d’habitants par arrondissement, avait augmenté de 2010 à 2012, essentiellement dans le bassin de vie géré par le TéléAVC Artois Hainaut : « Le taux de thrombolyse par million d’habitant est augmenté significativement entre les deux périodes sur six districts : Lens, Valencienne, Arras, Cambrai, Maubeuge et Lille. : de 110 à 204 Thrombolyses par million d’habitants, contre 91 à 138 par million d’habitant pour les autres districts » (étude sur l’ensemble de la région Nord pas de Calais, 4 millions d’habitants).

Aujourd’hui nous rencontrons essentiellement des difficultés de gouvernance, notamment de suivi en termes de formation des équipes médicales (rotation importante des acteurs dans les services d’urgence notamment). Le suivi des données statistiques est également un élément qui peut poser problème en l’absence de moyens spécifiques affectés. Nous sommes en train de mettre en place une gouvernance spécifique à ce projet.

Selon vous, quels bénéfices les porteurs de projets peuvent-ils tirer de ce guide ? Comment peuvent-ils s’approprier le guide ?

Le guide est un élément essentiel de structuration d’un projet de Télémédecine, car il décrit avec un raisonnement de bon sens les différentes étapes et les différents acteurs nécessaires à la mise en place.
J’insiste sur le caractère très logique du raisonnement : Quel besoin dans la population? Quelles ressources médicales présentes ? Quelle solution de Télémédecine s’applique à la situation locale ? Quel projet médical ? Quelle  solution opérationnelle peut-on proposer ?

Les aspects organisationnels mais également de ressources humaines, de ressource en lits hospitaliers d’UNV rapportés aux populations cibles etc. sont abordés, ce qui permet vraiment de positionner clairement les tenants et aboutissants d’un projet.

Le guide décrit également, de façon très détaillée parfois, les processus intra hospitaliers de prise en charge, ce qui permet une illustration  très opérationnelle. Beaucoup  de protocoles sont également mis en ligne à travers le guide sur le site de l’ANAP et peuvent constituer des exemples aidant à l’organisation intra hospitalière. Enfin, les axes d’évaluation ne sont pas négligés, ils constituent comme pour le reste de la médecine hospitalière un prérequis à toute organisation actuelle.

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