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« Le projet PAERPA est inédit par son ampleur et par son ambition », Alexandre Farnault

Pouvez-vous nous parler de votre vision du projet et de son extension récente ?

Le projet PAERPA consiste à tester, sur une durée désormais portée à quatre ans, avec les professionnels de la santé, les collectivités locales et les administrations, de nouveaux outils visant à relever le défi de la prise en charge de nos aînés. Dans son rapport de 2011, le Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) a en effet souligné l’importance du défi consistant pour nos systèmes sanitaires, sociaux et médico-sociaux à accompagner et à prendre en charge dignement et efficacement les personnes âgées, de plus de 75 ans notamment.
Dans certains territoires, le nombre de personnes âgées est attendu en hausse de 20 à 40 %. Même si cette échéance est relativement lointaine, la population âgée de plus de 75 ans doublera à l'horizon 2060. Nous sommes donc confrontés à un défi populationnel et organisationnel. Le projet PAERPA se propose de tester de nouvelles organisations et de nouveaux outils concrets sur des territoires cibles et de les évaluer. Les prototypes qui auront démontré leur efficacité seront ensuite déployés sur l’ensemble du territoire national.

A ce stade, pouvez-vous dresser un bilan d’étape provisoire du programme ?

Nous nous trouvons à ce jour à mi-parcours de cette démarche. Le programme PAERPA a démarré entre 2013 et 2014. Il devrait se prolonger jusqu’à fin 2018 comme nous le proposons dans le cadre du Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2017. Nous demandons en effet au Parlement de le proroger pour une année supplémentaire. Le programme a donc avancé de près de deux tiers et nous commençons à recueillir et étudier les premiers résultats quantitatifs et qualitatifs de l’utilisation des outils mis en œuvre par les acteurs sous notre égide et avec notre appui depuis deux ans. Les premiers résultats s’avèrent encourageants, bien qu’étant hétérogènes pour de nombreuses raisons liées aux différences entre territoires et entre organisations territoriales, même si ces expérimentations ont été menées sur des territoires importants, de 250 000 à 400 000 personnes. Derrière l’hétérogénéité de nos systèmes sanitaires, sociaux et médico-sociaux, nous voyons commencer à se dessiner des lignes de force et des perspectives pour des outils que nous continuerons d’améliorer en vue de les modéliser et de les déployer sur l’ensemble des territoires.

L’année 2016 est importante puisque le projet passe de neuf à seize territoires expérimentateurs répartis dans l’ensemble des régions et des DOM. L’enjeu pour les deux années et demie restantes consiste à étendre le projet aux nouveaux territoires en leur permettant de bénéficier de l’expérience acquise par les neuf premiers. Notre objectif est de tester la reproductibilité des outils et l’amélioration des outils mis en place à ce jour.

Quels sont selon vous les spécificités du programme ?

Bien qu’étant encadré par un cahier des charges national, le projet se caractérise par la grande variété des outils testés en pariant sur les adaptations des acteurs locaux, qui mènent entre vingt et quarante actions pour chaque territoire. Le dispositif est d’autant plus complexe que chaque action vise à agir de manière conjointe sur les acteurs sanitaires, sur les acteurs sociaux et sur les acteurs médico-sociaux.

Nous recherchons donc des outils transversaux, des interfaces et des liens permettant d’éviter les ruptures et redondances préjudiciables aux personnes et aux professionnels, sachant par ailleurs que ces ruptures représentent un coût élevé pour notre système de santé.

Quels sont selon vous les axes forts du projet ?

L’un des axes consiste à reconfigurer les partenariats et les organisations territoriales, autour de l’objectif majeur de la prise en charge des personnes âgées. Cette reconfiguration des acteurs passe notamment par la mise en place et le développement d’une coordination territoriale d’appui (CTA), qui constitue le prototype des futures plateformes territoriales d’appui instaurées par la nouvelle loi de santé publique. Les retours dont nous disposons aujourd’hui de la part des professionnels libéraux, des services hospitaliers et des  centres locaux d'information et de coordination gérontologique (CLIC) indiquent un début de réussite. Il est néanmoins trop tôt pour en tirer des conclusions définitives. Mais l’accroissement très significatifs des saisines et de l’utilisation par les professionnels et l’entourage (aidant…) des services et appuis déployés nous apparait très encourageant.

Un autre point fort réside dans la diversité des outils de relation entre l’hôpital et la ville. Il s’agit notamment d’outils de repérage systématique des personnes âgées dans les hôpitaux, d’outils d’amélioration des circuits de l’information ou de l’hébergement temporaire instauré par la loi dans l’objectif de permettre aux personnes sortant d’une hospitalisation de rejoindre un EHPAD pendant l’étayage de leur domicile parce que le temps d’hospitalisation, hors soins de suite et de rééducation, est devenu trop court pour permettre cette opération.

Un autre axe porte sur le plan personnalisé de santé (PPS). Nous testons la possibilité de créer un nouvel outil pluriprofessionnel et pluridisciplinaire qui est utilisé par les professionnels de ville, c’est-à-dire par un médecin, un infirmier, un kinésithérapeute et un pharmacien réuni autour d’un même patient, donnant lieu à une rémunération forfaitaire nouvelle et conjointe. Après des débuts difficiles, la montée en charge de ce dispositif se montre là aussi encourageante. L’enjeu consiste désormais à poursuivre son développement et à étudier le contenu des plans personnalisés de santé ainsi que leur utilisation par les professionnels sous l’angle du bénéfice apporté au patient et pour les acteurs de santé. Cette analyse tiendra compte d’éléments économiques, quantitatifs et qualitatifs. A ce jour, près de 4 000 PPS ont été réalisés sur l’ensemble du territoire. Le dispositif est beaucoup plus utilisé en 2016 qu’en 2015. Sa mise en place a nécessité le développement de nouveaux systèmes d’information. La réussite de nos actions dépend en effet de notre capacité à proposer aux professionnels de santé des outils correspondant à leurs usages et à leurs habitudes. C’est pourquoi nous travaillons en lien avec d’autres programmes nationaux tels que le Territoire de santé numérique.

Autre point saillant du programme, les plateformes personnes âgées, qui consistent à regrouper des expertises et des missions par subsidiarité. Nous ne créons pas de nouvelle structure mais nous regroupons des compétences d’expertise, de coopération et coordination sociale, médico-sociale et sanitaire au sein d’une structure identique, pour une meilleure identification et efficacité par et pour  les professionnels et les usagers. Nous regroupons notamment des CLIC, des Maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades Alzheimer (MAIA), des réseaux, des compétences de l’ambulatoire et des expertises gériatriques, nécessaires aux acteurs de ville et de l’hôpital. Cette démarche s’est concrétisée à Bordeaux par exemple par la Plateforme Autonomie Seniors, à Paris par la Maison des Ainés et des Aidants et au Valenciennois-Quercitain par le Dispositif d’Appui Territorial pour les personnes âgées… Nous avons donc regroupé, reconfiguré et simplifié des structures existantes, dans l’objectif d’améliorer les services en étendant les horaires, en mettant en place un numéro d’entrée unique pour les professionnels et pour les usagers, en écourtant les délais de réponse et en proposant de nouveaux services d’expertises jugés nécessaires par les acteurs locaux. Le regroupement des services doit donc permettre de simplifier les démarches et de gagner en efficience face au défi que sera le vieillissement et l’accompagnement des pathologies chroniques de notre population.

Comment percevez-vous le rôle ou l’apport de l’ANAP dans le programme PAERPA ?

L’ANAP joue un rôle fondamental depuis le début du projet. Au lancement du projet, elle a apporté aux premières équipes un soutien indispensable dans la construction des outils, des nouvelles gouvernances et des nouveaux partenariats. Elle a également joué un rôle fondateur au travers de l’accompagnement quotidien des chefs de projet régionaux et de l’organisation du partage des retours d’expérience, qui ont permis de gagner du temps, de diffuser les savoirs et d’aborder les difficultés collectivement. L’association de l’expertise de l’ANAP et des différents territoires nous a permis de franchir des étapes progressivement et de gagner en efficacité.

L’ANAP a également contribué au projet en attirant l’attention des chefs de projet régionaux ou nationaux sur les ambiguïtés ou sur les imprécisions des programmes que nous construisions. Elle a donc joué un rôle de vigilance et d’alerte sur les écueils de nos projets.

Enfin, l’ANAP a permis la mise en place de moyens de diffusion et de remontée d’information et a contribué à l’évaluation du programme, au niveau national et régional.

Cliquez sur la colonne de droite de cette page pour accéder aux guides ANAP en lien avec les projets PAERPA. Ils sont disponibles au téléchargement et à la commande.