En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés à vos centres d’intérêts et réaliser des statistiques de visite. En savoir plus.

Retour sur l’expérimentation d’Inter Diag Médicaments en EHPAD avec l’ARS Île-de-France

Contexte

Anne de Saunière :

Depuis 2015, nous avons initié un plan d’actions portant sur la sécurisation de la prise en charge médicamenteuse (PECM) des résidents en EHPAD.
Les grands principes généraux de ce plan d’actions sont :
- la prise en compte de la grande hétérogénéité des EHPAD afin de proposer des actions adaptées à l’ensemble des établissements de la région,
- la mise en place d’actions simples et pragmatiques, rapidement porteuses de progrès
- la prise en compte des attentes de tous les acteurs de terrain sans oublier les usagers.

En 2014, nous avons réalisé un état des lieux des pratiques et des organisations en matière de prise en charge médicamenteuse dans les EHPAD de la région qui nous a permis d’identifier les besoins en la matière.
A partir des résultats de l’enquête et d’un benchmark des actions réalisées dans les autres régions, nous avons défini les actions prioritaires d’amélioration.
Nous avons souhaité expérimenter ces actions avant de les déployer à plus large échelle. Ainsi, nous avons sélectionné quinze EHPAD volontaires, représentatifs des profils des EHPAD de la région (privés/publics, avec/sans pharmacie à usage intérieur), afin de les accompagner dans la mise en place d’actions d’amélioration et l’appropriation d’outils. L’expérimentation s’est déroulée d’avril 2016 à janvier 2017.

Laetitia Bonneau :

Une douzaine d’actions a été proposée, dont la réalisation d’un auto-diagnostic de leur prise en charge médicamenteuse à l’aide de l’outil Inter Diag médicament EHPAD de l’ANAP. Sur cette action, nous avons réalisé un bilan avant et après expérimentation. En avril 2016, sur les 15 EHPAD, quatre utilisaient déjà cet outil et, à l’issue de l’expérimentation, tous avaient réalisé leur auto-évaluation. Seuls 11 d’entre eux ont cependant rédigé un plan d’actions. Parmi les limites rapportées par certains EHPAD, la démarche d’Inter Diag nécessite un temps non négligeable pour réaliser l’auto-évaluation. Par ailleurs, d’autres EHPAD ont fait le choix de le réaliser en plusieurs étapes. L’absence de modèle type pour construire le plan d’actions constituait une autre limite de l’outil et la version 2 de l’outil était très attendue.

Dr Jean-Philippe Flouzat :

L’Ile-de-France compte 691 EHPAD, parmi lesquels nous en avons sélectionné 15, de statuts et de localisations différentes. Nous avons retenu les établissements parmi les plus motivés. L’appétence des établissements dépend en effet de la disponibilité des équipes, de l’infirmière coordinatrice, du médecin coordonnateur, des directions d’établissement, du ou des pharmacien(s) d’officine, etc. En Ile-de-France, certains EHPAD ne disposent pas de médecin coordonnateur. Ces situations sont d’ailleurs loin d’être rares. Les approches de cet outil varient donc selon les établissements. Il faut souligner  qu’un EHPAD ne s’apparente pas à un hôpital et que les ressources reposent très souvent sur deux ou trois collaborateurs, qui sont  référents pour plusieurs thématiques : médicaments, nutrition, troubles cognitifs, etc. Les EHPAD sont d’ailleurs soumis à d’autres objectifs, notamment en ce qui concerne la fin de vie, les troubles cognitifs, les chutes, etc. Le médicament constitue donc un élément important, parmi tant d’autres.

Quels sont les principaux enseignements issus de l’expérimentation de l’outil Inter Diag dans les EHPAD que vous avez accompagnés, et où en êtes-vous aujourd’hui ?

Laetitia Bonneau :

Dans le cadre de l’expérimentation, nous avons incité les EHPAD pilotes à utiliser l’outil Inter Diag EHPAD et leur avons proposé une notice d’utilisation de l’outil pour faciliter et optimiser son usage. La notice renseigne sur le lien pour accéder à l’outil, les profils des professionnels à réunir, le temps à prévoir, la fréquence d’utilisation, etc. Cet accompagnement s’est avéré utile, car la première version de l’outil n’était pas forcément connue de tous les EHPAD lors de sa publication.

La réalisation de l’auto-diagnostic a eu un grand succès auprès des EHPAD pilotes. Elle leur a permis de s’interroger sur leurs pratiques et de concerter les acteurs en lien avec la PECM.

En termes d’appropriation de la démarche Inter Diag, on peut citer quelques retours des EHPAD expérimentateurs :

  • Le cas d’un EHPAD utilisant l’outil tous les ans : bien que la première utilisation soit chronophage au démarrage, il n’a désormais besoin que d’une heure pour réaliser son auto-évaluation et le suivi de son plan d’actions.
  • Le cas d’un EHPAD appartenant à un important groupe gestionnaire d’EHPAD privés : la participation systématique de la pharmacienne du siège à l’auto-évaluation, en tant que pilote de la démarche pour les EHPAD du groupe, est fortement appréciée par l’équipe. L’élaboration du plan d’actions en est d’autant facilitée pour l’équipe grâce à un pilotage coordonné de la démarche pour plusieurs structures d’un même groupe.

A l’issue de notre expérimentation, les EHPAD pilotes ont été interrogés sur les 3 actions en matière de PECM qui leur semblaient prioritaires à déployer dans la région. La réalisation de l’auto-évaluation de leur prise en charge médicamenteuse est alors ressortie comme l’action prioritaire.

Anne de Saunière :

Nous avons utilisé Inter Diag EHPAD comme un outil de pilotage, permettant de disposer d’une base de travail commune pour l’élaboration du plan d’actions de la sécurisation de la prise en charge médicamenteuse dans les EHPAD expérimentateurs.

Aujourd’hui, l’expérimentation est terminée et nous sommes en cours de construction du plan de déploiement, qui prévoit la diffusion de l’outil Inter Diag. Celui-ci est également promu par les délégations départementales, en cas de visites d’inspection des EHPAD. A noter qu’une Orientation Nationale d’Inspection Contrôle (ONIC) porte sur la prise en charge médicamenteuse dans les EHPAD et intègre l’auto-évaluation des pratiques.

Les autres priorités du plan de déploiement concernent la mise en place d’une gouvernance en matière de politique de sécurisation de la prise en charge médicamenteuse qui est apparu au cours de l’expérimentation comme un pré-requis pour la réalisation d’Inter Diag. Les priorités ont également trait au déploiement de la culture de sécurité et de gestion des risques. Cette culture doit en effet être développée dans les EHPAD. A ce titre, nous travaillons avec la fédération de pharmacovigilance d’Ile-de-France. Les actions d’amélioration portant sur la pertinence des prescriptions médicamenteuses constituent une autre priorité. En effet, nous travaillons sur la liste des médicaments à utiliser préférentiellement en EHPAD en s’inspirant de la liste préférentielle établie par la région Normandie. De même, il ne faut pas oublier l’étape administration qui peut être à l’origine de plus de 30 % des erreurs médicamenteuses. De forts besoins ont été également pointés sur les questions relatives à l’écrasement des comprimés et l’ouverture des gélules.

Comment allez-vous procéder pour le déploiement, qui concerne 700 EHPAD ? Comment procéderez-vous pour que ces établissements atteignent ces objectifs ?

Anne de Saunière :

Nous avons privilégié des actions simples rapidement porteuses de progrès. La motivation des EHPAD à s’approprier la démarche est primordiale. Le déploiement sera donc progressif et basé sur le volontariat. Il s’appuiera sur l’ensemble des acteurs régionaux en lien avec la PECM, en particulier les délégations départementales. Un comité de suivi a été  mis en place par l’ARS en novembre 2015. Il est composé entre autres des délégations départementales, de l’assurance maladie, des représentants des usagers, des professionnels de santé, des établissements, de l’université, de structures régionales d’appui et de vigilance.  Il éclaire l’ARS dans ses orientations et contribue au déploiement régional, voire même national, des actions.

Dr Jean-Philippe Flouzat :

Nous avons aussi lancé une action avec l’assurance-maladie et les CPAM, pour repérer, à partir des données de remboursement, les consommations de médicaments qui sont particulièrement élevées par rapport  à la moyenne régionale en fonction de la typologie des EHPAD, notamment pour les neuroleptiques, les benzodiazépines à demi-vie longue, les antibiotiques et les prescriptions de plus de sept médicaments par résident. Nous pourrons ainsi identifier et prioriser les établissements avec des profils atypiques qui nécessiteraient des visites confraternelles par les équipes de l’assurance-maladie et la délégation départementale de l’ARS Île-de-France. L’assurance-maladie envisage également de mettre en œuvre des actions ciblées vis-à-vis des prescripteurs, via ses délégués assurance maladie (DAM). Il s’agit donc de mettre en œuvre des actions pédagogiques, qui seront entamées dès cette année. Pour ce faire, nous avons élaboré les niveaux de repérage, selon les typologies des structures et leurs profils de consommations médicamenteuses.

Par ailleurs, les CPOM (Contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens) sont mis en place cette année, en 2017. Les conventions tripartites disparaissent et celles qui arrivent à échéance sont remplacées par des CPOM. Une trame de diagnostic a été élaborée pour les EHPAD, avec un volet spécifique à la prise en charge médicamenteuse. Les CPOM peuvent être un levier stratégique pour fixer un objectif particulier sur cette thématique. En 2017, 163 EHPAD vont négocier un CPOM et les autres seront concernés dans les quatre années à venir.

Avez-vous prévu une remontée des résultats de l’auto-évaluation, pour comparer les établissements ?

Anne de Saunière :

Nous avons déjà prévu d’avoir connaissance des EHPAD qui ont mis en place l’auto-évaluation par Inter Diag EHPAD. Il est prématuré à ce stade de se lancer dans des études comparatives. L’objectif principal pour nous dans un premier temps est de promouvoir une culture de sécurité et de prévention du risque médicamenteux dans l’ensemble des EHPAD.

Dr Jean-Philippe Flouzat :

Le travail en commun avec les EHPAD volontaires s’est avéré très intéressant, parce que ces établissements ne présentaient pas tous le même niveau d’avancement sur la sécurisation de la prise en charge médicamenteuse. L’échange autour de leurs retours d’expérience respectifs  leur a donc permis de progresser. De même, un travail collectif dans le cadre du déploiement devrait permettre des échanges constructifs sur les bonnes pratiques professionnelles et organisationnelles, afin d’optimiser la qualité de la prise en charge des résidents.

Anne de Saunière :

Nous avons ainsi opté pour cette approche de proximité impliquant les délégations départementales pour favoriser le déploiement de l’outil. Nous avons également envisagé de cibler un grand nombre d’EHPAD en allant à la rencontre des groupes gestionnaires des structures médico-sociales.