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La parole est aux acteurs du suivi de grossesse (2ème partie)

Mathilde Delespine est sage-femme, elle est coordinatrice de la Maison des Femmes de Saint-Denis. Un jour par semaine, elle est également coordinatrice d’un programme de prévention des violences faites aux femmes dans le réseau périnatal NEF.

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A quelles étapes de la prise en charge des femmes enceintes votre structure intervient-elle ?

La Maison des Femmes intervient pour le suivi prénatal, mais aussi dans les hospitalisations des grossesses à haut risque, en suites de couche, parfois dans la durée. Elle intervient dans la prise en charge et l’accompagnement global des femmes : leur santé mais aussi leur autonomie sociale, leur accès aux droits, etc.

Nous suivons les femmes enceintes victimes de violences (en consultation, en hospitalisation puis en post-partum) mais aussi les femmes non enceintes victimes de violences.

Nous sommes localisées dans l’enceinte de l’hôpital, à proximité de la maternité de Saint-Denis. Les consultations prénatales sont réalisées dans la maternité pour les femmes victimes de violence ou d’inceste.

Nous intervenons en hospitalisation sur demande des équipes, si elles ont détecté une vulnérabilité particulière ou si la femme est victime de violences. Nous aidons aussi les équipes dans l’orientation.

Nous sommes par ailleurs présents au staff médico-psychosocial, ce qui assure l’articulation entre les équipes pour les situations les plus complexes.

Après l’accouchement, nous assurons des consultations postnatales ou des consultations de suivi gynécologique.

Pour sa part, le réseau périnatal NEF n’intervient pas directement auprès des femmes, mais auprès des professionnels qui les accompagnent. J’interviens par de la formation et de la mise à disposition d’outils pratiques, de protocoles ou de procédures, pour améliorer les pratiques professionnelles vis-à-vis des violences faites aux femmes. Il s’agit d’une intervention de coordination.

Constatez-vous des freins liés à la population prise en charge ? Des freins liés à la  coordination des acteurs de santé dans l’organisation de cette prise en charge ?

Il existe des freins au niveau de la coordination. L’ensemble des professionnels qui accompagnent les femmes fait face à des contraintes budgétaires ou de temps. Le temps de transmission pose souvent problème, pour eux comme pour nous. Une consultation de seulement un quart d’heure apparaît bien trop courte.

Nous manquons aussi de moyens pour permettre la bonne coopération avec la population, en termes d’interprétariat ou de médiation. Il serait utile en outre que nous soyons formés sur les logiques culturelles des femmes.

Enfin, il apparaît un manque de coordination des parcours de soins les plus complexes. L’axe médical (diagnostics anténatals, malformations fœtales, etc.) est bien assuré, mais il manque une coordination en cas d’implication de plusieurs facteurs de risques médico-psychosociaux, tant dans les maternités qu’en ville.

La Maison des Femmes a ouvert le 15 juillet et nous participons à l’amélioration des prises en charge.

L’ANAP vient de publier un retour d’expériences sur le suivi de grossesse et l’organisation des acteurs. Selon vous, que peuvent apporter ces travaux au système de santé ? Peuvent-ils contribuer à améliorer le service rendu aux femmes enceintes ?

Ces travaux sont utiles en termes de diagnostic et de mise en lumière des réalités professionnelles, mais aussi sur le plan des plaidoyers vis-à-vis de nos manques de moyens et de nos besoins. Ils permettent aussi de prendre du temps pour analyser nos pratiques, ce qui est toujours difficile à l’hôpital.

La mise en lumière de nos réalités est importante, car il apparaît parfois un certain déni dans les réunions institutionnelles.

Que vous a apporté la collaboration avec l’ANAP ?

L’entretien que j’ai eu avec les collaborateurs de l’ANAP a été très enrichissant, car il m’a permis de faire le point sur ma situation professionnelle. Prendre ce temps m’a été très utile.

La vision globale qui m’a été apportée a été utile également : nous avons pu nous comparer à d’autres structures ou imaginer des pistes d’amélioration. Nous attendons maintenant le rapport final. La publication était  attendue avec beaucoup d’intérêt, ce qui prouve que ces travaux répondent à un besoin.

Le Docteur Florence LENHARDT est gynécologue-obstétricienne. Elle est chef de service et chef du pôle femme-enfant de la maternité de Beaumont-sur-Oise.

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A quelles étapes de la prise en charge des femmes enceintes votre structure intervient-elle ?

Notre structure intervient à différentes étapes de la prise en charge des femmes enceintes, selon le niveau de risque de la grossesse et le souhait des patientes.

La patiente ayant des antécédents médicaux ou obstétricaux particuliers nécessite une prise en charge hospitalière adaptée dès le début de sa grossesse.

Si la grossesse est à bas risque, la patiente peut être suivie soit à la Maternité dès le début de sa grossesse en bénéficiant alors d’une surveillance clinique et échographique régulière, jusqu'à l’accouchement, soit par un praticien libéral. Elle nous sera adressée en milieu ou en fin de grossesse pour la surveillance de la fin de la grossesse et l’accouchement, plus précocement en cas de pathologie obstétricale intercurrente.

Nous avons mis en place une fiche d’inscription qui doit être renseignée pour chaque patiente. Une première visite dédiée à l’ouverture du dossier obstétrical et au repérage de pathologies et/ou d’une vulnérabilité psychosociale particulière est prévue au cours du 1° trimestre afin de disposer des informations médicales nécessaires au suivi de la patiente (antécédents, résultats biologiques, échographies…), si elle devait se présenter aux urgences en cours de grossesse.

Constatez-vous des freins liés à la population prise en charge ? Des freins liés  coordination des acteurs de santé dans l’organisation de cette prise en charge ?

La Maternité de Beaumont/Oise accueille fréquemment une population d’origine étrangère et/ou présentant une fragilité psychosociale.

Cette population a un accès plus difficile aux soins et est donc plus exposée à des pathologies obstétricales : menace d’accouchement prématuré,  retard de croissance in utero,  diabète gestationnel, pré-éclampsie…..

La barrière de la langue, le manque de desserte par les transports en commun des villages de l’Oise, etc. sont autant de freins à un suivi optimal et à la prévention des risques.

S’agissant de la coordination avec les autres acteurs de santé, nous travaillons actuellement à un renforcement du partenariat avec la Ville, afin que le suivi des femmes enceintes puisse se faire en coordination avec les acteurs libéraux via une communication ciblée et un dossier commun Ville-Hôpital élaboré par le Réseau Périnatal du Val d’Oise.

Nous travaillons également à organiser et à proposer aux acteurs libéraux des EPU, Journées Portes Ouvertes ou toute autre forme d’échange, selon l’expression de leurs besoins. Le but est l’amélioration de la coordination ville-hôpital, et le renforcement des liens entre les différents acteurs de la périnatalité.

Enfin, nous sommes maintenant entrés dans l’ère du GHT. Un partenariat existe depuis plusieurs années avec le CHRD de Pontoise. Un Projet médical Partagé est en cours d’élaboration pour une stratégie médicale commune qui viendra consolider l’offre de soins et la coordination des différents acteurs renforcée par la présence de Praticiens Hospitaliers à temps partagé sur les 2 établissements.

L’ANAP vient de publier un retour d’expériences sur le suivi de grossesse et l’organisation des acteurs. Selon vous, que peuvent apporter ces travaux au système de santé ? Peuvent-ils contribuer à améliorer le service rendu aux femmes enceintes ?

Ces travaux me semblent très importants, car ils permettent de faire une cartographie des besoins de la population et d’analyser les modes de prise en charge. Il s’agit à la fois d’un travail de prévention et d’analyse des objectifs à réaliser, à partir d’une carte sanitaire. Cette démarche est une réelle démarche de santé publique, car elle permet d’améliorer le parcours des patients et de cibler l’offre de soins.

Que vous a apporté la collaboration avec l’ANAP ?

Cette collaboration a également permis d’analyser des dysfonctionnements et de faire émerger un  projet d’organisation de la filière psychosociale avec l’équipe de pédopsychiatres,  réel sujet de prévention et de santé publique dont l’organisation fait défaut actuellement. Elle est à construire avec tous les acteurs de la périnatalité en lien avec la GHT et le Réseau Périnatal du Val d’Oise.

Au final, l’étude m’a apporté une meilleure vision du processus de prise en charge des femmes enceintes au regard du contexte et a permis de réfléchir à des actions d’amélioration dans certaines spécificités de la prise en charge de la femme enceinte. Je souhaite que cette étude soit renouvelée et diffusée aux acteurs de santé.

Le guide « Suivi de grossesse et organisation des acteurs - Retour d'expériences et enseignements » est en téléchargement sur le site de l’ANAP et peut être commandé (cliquez sur la colonne de droite pour y accéder.