Au cours des vingt dernières années, de nombreux pays européens ont engagé des réformes d’ampleur de leur système de santé. L’Anap a étudié les réformes menées dans 6 pays européens pour en comprendre les tenants et aboutissants
Des systèmes de santé européens sous contrainte
En janvier 2025, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) invitait les États européens à faire évoluer leurs hôpitaux face aux mutations démographiques, technologiques et aux attentes du public. Cette invitation s'inscrit dans un contexte où les systèmes de santé européens partagent des contraintes similaires : une pression financière croissante, une démographie des professionnels sous tension, des bouleversements technologiques qui exigent des adaptations très rapides des métiers comme des organisations et des attentes sociales en évolution.
Quatre enjeux reviennent, à des degrés divers, dans chacun des six pays étudiés.
- Soutenabilité : aux Pays-Bas, à modèle constant, un tiers de la main-d'œuvre nationale devrait travailler dans le secteur des soins d'ici 2060.
- Financement : en Allemagne, les dépenses de santé croissent deux fois plus vite que les recettes ; 25 % des hôpitaux étaient menacés de faillite ou en déficit en 2024.
- Ressources humaines : en Belgique, les pénuries touchent la médecine générale, la psychiatrie, la gériatrie, l'oncologie et le personnel infirmier.
- Qualité des soins : en Allemagne, la surmortalité liée aux AVC, infarctus et cancers pourrait être réduite par une prise en charge dans des services spécialisés.
Au cours des vingt dernières années, de nombreux pays européens ont engagé des réformes d'ampleur avec des trajectoires contrastées : certaines abouties, comme au Danemark, d'autres abandonnées, comme en Irlande du Nord, plusieurs en cours ou à l'état de projet. Toutes s'appuient néanmoins sur une même logique de gradation des soins, adossée à des modèles internationaux comme le quintuple objectif.
Des réformes ancrées dans les territoires
C'est pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ces réformes européennes, et en tirer des enseignements utiles que l’Anap a étudié les réformes menées dans six pays européens. Ces dernières répondent aux recommandations de l'OMS de planifier à l'échelle d'un territoire plutôt qu'hôpital par hôpital, en s’inscrivant dans une logique de gradation des soins.
Elles s'appuient sur un socle commun : le quintuple objectif, cinq finalités à poursuivre simultanément.
- Qualité et sécurité des soins : concentrer les soins complexes là où le volume garantit la qualité (super-hôpitaux danois, seuils d'activité).
- Accessibilité et proximité : redistribuer les soins de faible complexité au plus près de la population (virage domiciliaire).
- Bien-être et place des patients : des soins pertinents, décidés en partenariat avec le patient.
- Bien-être des professionnels : des conditions d'exercice plus attractives et des organisations plus robustes.
- Équité territoriale et soutenabilité : une responsabilité populationnelle par territoire et un financement repensé.
Cinq conditions pour réussir une réforme structurelle
Quels que soient les contextes nationaux, cinq facteurs semblent déterminants pour la réussite d'une réforme hospitalière d'ampleur.
- Partir d'un diagnostic solide : en Allemagne, une étude scientifique préalable puis un atlas en ligne consultable par tous (500 000 visites mensuelles depuis 2024).
- Concerter pour convaincre : aux Pays-Bas, des accords nationaux signés en 2023 entre assurances maladies, syndicats de médecins, hôpitaux et patients.
- Sécuriser les ressources : au Danemark, 22 milliards de couronnes pour les super-hôpitaux ; en Allemagne, un fonds de transformation de 50 Md€.
- Mesurer les impacts avant, pas après : aux Pays-Bas, des grilles d'analyse d'impact et une plateforme de données régionales.
- Évaluer de façon indépendante : aux Pays-Bas, une déclinaison publique et transparente, avec des résultats publiés sur un site dédié.
Pour aller plus loin
Retrouvez l'intégralité de l'analyse, les études de cas complètes et les sources documentaires dans le rapport complet.
