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Transformer les espaces perdus pour mieux soigner : toits, murs et couloirs réinventés

27 mars 2026

Immobilier

Développement Durable / RSE

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Dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, des mètres carrés entiers restent souvent inutilisés : toits, couloirs ou parkings offrent un potentiel insoupçonné pour le bien-être et la durabilité. Ces espaces vides deviennent des leviers d’innovation pour améliorer les soins et accompagnements. L’optimisation du patrimoine des établissements transforme toits, murs et couloirs en lieux écologiques et thérapeutiques. Les toits et murs végétalisés favorisent la biodiversité et l'apaisement des patients et des résidents, les parkings s’adaptent à des situations de crise, et les zones de transit transformées offrent art et culture, améliorant le confort des usagers et du personnel. Toutes ces initiatives contribuent à des établissements plus durables et plus résilients.

Des toitures à usages multiples

Les toitures vertes ou végétalisées se définissent comme des toits partiellement ou entièrement recouverts de végétation avec des systèmes extensifs (pour les surfaces importantes avec un choix limité d’espèces végétales) et intensifs (pour les usages mixtes : ferme urbaine, zone de détente, refuge pour la biodiversité). Pour les hôpitaux, il s'agit d'une solution innovante qui transforme une surface traditionnellement inutilisée en un espace productif et thérapeutique. Par exemple, le CHU de Boston a installé deux fermes urbaines sur ses toits avec l’objectif de produire sur place des fruits et légumes frais pour les patients et le personnel, tout en ayant un impact positif sur l'environnement. Aux Pays-Bas, l’Ehpad de Pennemes a poussé le concept plus loin en aménageant la surface de toit en un jardin suspendu accessible à tous ses résidents, même à ceux à mobilité réduite, y intégrant des animaux pour la zoothérapie et des activités sociales en lien avec des associations locales.


Grâce à leurs grandes toitures plates, les hôpitaux et les Ehpad sont également des lieux propices à l'installation de panneaux solaires. En 2024, les hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont renforcé leur engagement en faveur des énergies renouvelables en installant 478 m² de panneaux solaires supplémentaires sur leurs toits. L'électricité produite sur place par les centrales photovoltaïques est intégralement autoconsommée.


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Jardin sur le toit de la résidence pour personnes âgées Pennemes (Pays-Bas). © Zorggroep Zaanstreek


Enfin, un nombre croissant d'hôpitaux transforment leurs toits inutilisés en oasis de biodiversité pour améliorer l'écologie locale. Ce concept répond aux défis de l'urbanisation en offrant aux oiseaux et insectes de nouveaux habitats. Afin de soutenir la réintroduction des faucons pèlerins en Suisse, une espèce de rapace protégée, les HUG ont positionné un nichoir sur le toit du bâtiment des laboratoires.

Des murs et façades végétalisés

Dans la continuité de la réutilisation des toitures, les murs et façades végétalisés transforment les hôpitaux et les Ehpad en environnements vivants et thérapeutiques. Le concept repose sur l'intégration de plantes sur des surfaces verticales en utilisant différentes techniques :

- le mur hydroponique qui peut accueillir des plantes tropicales utilise des feutres absorbants pour retenir l'eau et les nutriments, sans terre ;

- le mur modulaire est composé de cavités remplies de terre accueillant les plantes ;

- le mur stabilité est une mousse stabilisée qui ne nécessite aucun entretien car les plantes ne sont plus vivantes ;

- la façade végétale a pour objectif de laisser des plantes grimpantes recouvrir un mur.


À l'hôpital allemand Oncocubus, un mur végétal de 20 m² a été installé derrière une paroi de verre à l’intérieur même d’une salle de radiothérapie. Le but est de permettre aux patients de bénéficier de l'effet apaisant de la nature durant leurs traitements. La présence de la végétation contribue à la réduction du stress et peut même améliorer la tolérance à la douleur.

Des parkings résilients et innovants

Au-delà de l'intégration de la nature, une autre tendance majeure consiste à repenser la fonction même des infrastructures pour les rendre plus agiles et polyvalentes, capables de s'adapter aux crises futures à l’instar des parkings.


L’hôpital d’Ashikaga, au Japon, a été conçu dès l’origine selon un principe de forte adaptabilité, notamment afin de répondre aux variations des flux de patients. Lors de la pandémie, le hall d’entrée a ainsi pu être rapidement reconfiguré en zone de triage grâce à l’utilisation de parois mobiles. De même, la salle principale de réunion peut être convertie en espace de prise en charge de patients : les équipements techniques nécessaires, tels que les arrivées d’oxygène, sont intégrés dans les cloisons et dissimulés en fonctionnement courant, tandis que des brancards pliants sont stockés sous l’estrade afin d’être mobilisés en cas de besoin.


Par ailleurs, dans une démarche de gestion des risques, la nouvelle clinique Saint-Pierre à Wavre, en Belgique, a opté pour une solution innovante en convertissant son parking sous-terrain en bassin d'orage. Ce projet, réalisé dans le cadre de la construction du nouvel hôpital, répond à une double problématique : la gestion des eaux pluviales et l'optimisation de l'espace. En période de fortes précipitations, ce parking est conçu pour recueillir et stocker temporairement l'excédent d'eau, prévenant ainsi les inondations en surface.


Enfin, l'hôpital de Glostrup au Danemark se distingue par son « parking vert » de quatre étages avec une façade végétalisée qui combine fonctionnalité et respect de l'environnement. Sa conception en spirale est efficace pour accueillir un grand nombre de véhicules (plus de 400 places) tout en occupant un espace au sol minimal. Le parking n'est plus un simple lieu de transit, mais un espace qui améliore la qualité de l'air, réduit le bruit et contribue à l'apaisement des patients, des visiteurs et du personnel. 

Des zones de transit muées en galerie d’art

Si la végétalisation et la polyvalence des espaces sont des leviers de performance et de bien-être, l'humanisation des lieux de soin et d'accompagnement passe également par l'intégration de la culture. Les zones de passages, souvent froides et anxiogènes, peuvent ainsi devenir des vecteurs d'apaisement et de guérison. L'hôpital universitaire de Tampere, en Finlande, a installé une sculpture symbolisant la flamme de vie de l'artiste finlandaise Eila Hiltunen à l'entrée de son centre de cardiologie, transformant une zone de transit en un lieu d'exposition.


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Sculpture Flamme de vie de Eila Hiltunen à l’Hôpital universitaire de Tampere (Finlande), illustrant l’humanisation des espaces hospitaliers par l’art. © Anne Nygård - Unsplash


Le nouveau complexe hospitalier du CHU de Québec, pionnier en la matière, consacre 1 % de son budget à l’intégration d'œuvres d'art. Les couloirs et les salles d'attente se transforment ainsi en galeries d'exposition, s'appuyant sur des études qui démontrent l'influence positive de l'art sur la perception de la douleur et le stress des patients. L’intégration d’œuvres d’art aurait un double impact en permettant de raccourcir la durée d'hospitalisation et de soulager la douleur ressentie par les patients tout en favorisant un climat de travail apaisant de nature à réduire l'absentéisme du personnel.

Vers une modularité et la réaffectation des espaces vides

Bien que prometteuses, ces solutions d'aménagement se heurtent à plusieurs obstacles, notamment un coût initial élevé et des frais de maintenance importants, ainsi que des contraintes réglementaires et architecturales.


Cependant, pour surmonter ces défis et limiter les espaces vides, il est essentiel de penser la modularité dès la conception des futurs établissements. L’Organisation mondiale de la Santé a confirmé en 2023 cette approche en indiquant que les hôpitaux « prêts pour le futur » incluent notamment une flexibilité de leurs bâtiments avec des installations et systèmes modulaires.


Enfin, cette réflexion sur l'optimisation des espaces vides peut s’étendre jusqu'aux sous-sols. Leur valorisation constitue un enjeu stratégique pour optimiser le bâti existant. Bien que souvent perçus comme de simples espaces de stockage ou de logistique, ces zones souvent sous-utilisées pourraient être réaménagées pour d'autres fonctions.






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