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Pensées Prospective #8 - Habitat des personnes âgées

06 juillet 2026

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De quoi parlons-nous ?

Où vivront les personnes âgées demain ?


À domicile, dans des habitats inclusifs, en établissements spécialisés ? Et dès les premiers signes de perte d’autonomie, comment organiser leur accompagnement de manière humaine, efficace et soutenable ?


Cette question en apparence simple en cache une autre, plus vaste : comment adapter notre société au vieillissement massif de la population ? En 2030, les plus de 65 ans représenteront 23,4 % de la population française (contre 19,6 % aujourd’hui). Les plus de 80 ans verront leur nombre bondir de 72 % entre 2018 et 2030, dépassant les 5,27 millions. D’ici 2050, la France comptera près de 5 millions de personnes de plus de 85 ans, dont une part importante sera en situation de dépendance.


Cette transformation démographique appelle une réponse globale. Elle concerne :


  • L’habitat, pour permettre le maintien à domicile le plus longtemps possible ;
  • La répartition géographique des personnes âgées, souvent éloignées des services et des soins ;
  • L’adaptation du secteur médico-social, confronté à une demande croissante et à de fortes tensions en ressources ;
  • Mais aussi les territoires et les entreprises, qui devront reconfigurer leurs espaces, leurs services, leurs offres (logement, transport, consommation, culture…) pour répondre aux besoins d’une population vieillissante mais hétérogène.

  • Enjeu : Organisation des soins et parcours de santé
  • Inspiration : Conseil national de la Silver Economie et le colloque "Consommation(s), société(s) et territoires au prisme du vieillissement".

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Quelques signaux faibles...


Une géographie du vieillissement différenciée : les zones rurales et littorales attirent de plus en plus de retraités. D’ici 2040, 46 % des habitants de la Creuse auront plus de 60 ans, tandis que Lille restera une métropole jeune. À Montpellier ou Dijon, les centres-villes accueillent de plus en plus de personnes âgées, aux côtés des étudiants. Cette recomposition interroge : quels services dans un rayon de 300 mètres pour celles et ceux qui ne conduisent plus ? (Matières Grises)


Des ressources économiques en légère hausse mais très inégalitaires : les revenus des retraités augmentent en moyenne, mais les écarts se creusent selon les parcours de vie. Les femmes aux faibles pensions, vivant seules, sont plus exposées à la fragilité. Ces inégalités sociales influencent directement la santé et la capacité à vieillir dans de bonnes conditions (OCDE).


Des formes d’habitat alternatives qui émergent : en Haute-Vienne, des particuliers ont construit un village uniquement réservé aux personnes âgées : maisons individuelles, placette arborée, terrain de pétanque, ambiance conviviale. Le Domaine du Lavoir, complet depuis son ouverture en juin 2024, va s’agrandir pour accueillir de nouveaux résidents. (Ouest France)


Des EHPAD en mutation : certains établissements testent des formes radicalement nouvelles. À Guingamp, l’EHPAD de Kersalic est organisé en "villages" selon les profils des résidents, avec une approche domiciliaire inspirée des pays nordiques. À Saint-Désir, en Normandie, la réalité virtuelle permet aux résidents de "s’évader".


Des personnes âgées actrices de leur territoire : une étude qualitative menée autour de Dijon et Limoges montre que les seniors s’adaptent aux transformations : recours au e-commerce, engagement bénévole dans des épiceries associatives ou des AMAP, formation au numérique. Certains refusent volontairement les grandes plateformes pour soutenir le commerce local, ou par conviction écologique (thèse d’Angèle Brachet)

Quels enjeux pour les établissements et professionnels de santé ?

Comment adapter les établissements aux besoins et aux envies d’une population âgée de plus en plus nombreuse et diverse ?

Si les personnes âgées restent davantage chez elles, comment organiser les soins à domicile et renforcer les effectifs (infirmiers, aides-soignants…) ?

Comment garantir une répartition équitable de l’offre de soins sur l’ensemble du territoire, y compris les zones peu denses ?

Vieillir en 2050 : vers un modèle à deux vitesses ?

Danièle, 84 ans, vit dans une petite résidence partagée en périphérie de Dijon. Elle a emménagé ici il y a cinq ans, après avoir quitté sa maison devenue trop grande. Dans cette résidence, chacun a son studio, mais les repas sont pris ensemble, et deux salariés organisent la vie commune. Ce n’est pas l’Ehpad, ce n’est pas vraiment "chez soi" non plus. C’est un entre-deux qu’elle a choisi, avant d’en avoir besoin.


Comme Danièle, de nombreux retraités ont, au fil des années, anticipé leur vieillesse. Portées par des coopératives citoyennes, des entreprises du logement ou des associations, les alternatives à l’Ehpad se sont multipliées : résidences intergénérationnelles, habitats partagés, micro-villages. Le mouvement a démarré dans les années 2030, d’abord dans les métropoles comme Montpellier ou Dijon, où les centres-villes se sont peuplés de personnes âgées, puis sur le littoral,

devenu un haut lieu du vieillissement anticipé. Les villes se sont adaptées : voirie, commerces, mobilités, services — la prévention est devenue une politique publique à part entière.


Mais tout le monde n’a pas eu cette capacité d’anticipation. Les Ehpad existent toujours, mais ils sont moins nombreux, plus sélectifs. On y entre tard, souvent en situation de dépendance avancée. Et faute de moyens, ce sont les personnes âgées les plus défavorisées qui y accèdent.


Pendant ce temps, les services à la personne ont été totalement plateformisés. Ce qui avait commencé comme une initiative publique — les centres de ressources territoriaux — a été repris, consolidé, puis absorbé par une entreprise numérique devenue incontournable : SilverGo. Aujourd’hui, tout passe par elle : la prise de rendez-vous, la planification des soins, la coordination des aides à domicile, les notifications aux familles, la facturation.


Julie, infirmière libérale, s’y est faite. "Franchement, c’est plus fluide. Je n’ai plus à courir après les papiers, et je gère mieux mon emploi du temps", dit-elle. Mais elle reconnaît aussi que les décisions lui échappent de plus en plus. C’est l’algorithme de SilverGo qui assigne les patients, ajuste les durées d’intervention, fixe les priorités.

Quelles questions restent en suspens sur l'avenir ?

Les territoires sauront-ils s’adapter ?

L’accès aux soins, au logement, aux services de proximité reste très inégal. Tous les territoires n’ont ni les mêmes ressources, ni les mêmes priorités.


Quel avenir pour les EHPAD ?

Peu à peu repensés pour répondre à de nouvelles aspirations, leur modèle économique reste fragile. Seront-ils réservés aux plus dépendants... ou aux plus

modestes ?


Jusqu’où ira la plateformisation ? 

Les outils numériques promettent efficacité, mais au prix de quelle autonomie pour les professionnels, et de quelle liberté pour les personnes âgées ?

Pour aller plus loin...

Adapter les logements au vieillissement est essentiel — mais ce ne sera pas suffisant. Les logements de demain devront aussi répondre à d’autres contraintes : risques sanitaires (pandémies), dérèglement climatique (vagues de chaleur), sobriété énergétique…


Le projet Mythologies du Futur propose une réflexion originale sur ces transformations, en s’arrêtant sur un espace souvent négligé : le vestibule. Ni tout à fait dehors, ni tout à fait dedans, cet espace tampon entre l’extérieur et l’intérieur devient un sas thermique, sanitaire et symbolique : lieu de décontamination, de régulation des flux, mais aussi de réappropriation de nouveaux rituels du quotidien.


Une manière décalée, mais éclairante, de penser l’évolution de nos espaces domestiques face aux grandes mutations à venir.


Un détour inspirant pour penser autrement l’adaptation des lieux de vie : à découvrir.

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