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Pensées Prospectives #11 - La lumière du jour
29 octobre 2026
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29 octobre 2026

De quoi parlons-nous ?

Cette édition s’intéresse à la lumière du jour et à son impact sur la santé humaine, notamment dans les environnements de travail et de soin.


Notre organisme fonctionne selon un rythme circadien de 24 heures, régulé en grande partie par la lumière. L’exposition à la lumière naturelle joue un rôle clé dans la production de mélatonine, l’hormone du sommeil (JPR). Une lumière insuffisante ou mal adaptée peut perturber ce cycle, entraînant troubles du sommeil, fatigue, anxiété, voire altérations de l’immunité ou de l’humeur.


Le vieillissement s’accompagne souvent d’une baisse de sensibilité à la lumière, avec un risque accru de désynchronisation du rythme biologique. Des travaux récents encouragent ainsi l’exposition régulière à la lumière naturelle, en particulier chez les personnes âgées (JPR).


Ainsi, de manière corrélée à une bonne qualité de sommeil, la lumière naturelle contribue aussi au bien-être global : elle favorise la vigilance, soutient la santé mentale, et crée un lien avec les cycles naturels.

Quels enjeux pour les établissements de santé ?

Pour les patients, une lumière bien pensée favorise la

récupération, apaise, régule le sommeil et peut réduire le recours aux traitements médicamenteux.


Pour les soignants, elle améliore le confort de travail, la concentration, la précision des gestes techniques et diminue les risques de fatigue ou d’erreurs.


Pour l’organisation des espaces, elle permet de moduler les ambiances selon les usages.


Enfin, sur le plan énergétique, une conception intégrant la lumière naturelle limite la consommation électrique, tout en préservant le confort thermique (Zumbotel).

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Quelques signaux faibles...

Ajouter de la lumière aux pièces sombres


Certaines technologies permettent aujourd’hui de reproduire les effets de la lumière naturelle dans des espaces sans fenêtres. La société CoeLux a développé un système de faux ciel ouvert combinant LED et nanoparticules pour recréer l’illusion du soleil et du ciel bleu, grâce à une simulation de la diffusion atmosphérique (Architectural Products).


Des applications concrètes existent déjà dans le secteur de la santé :

  • À l’hôpital La Tour (Genève), un CoeLux 60 HC a été installé dans une salle d’attente, et plusieurs unités dans des salles de soins sans lumière naturelle.
  • À la clinique Mangiagalli (Milan), en néonatalogie, l’accueil est très positif de la part des soignants comme des familles.


Innover par l’architecture et les systèmes lumineux


Certains projets architecturaux intègrent la lumière comme composante centrale du soin. Le centre Egil & Pauline Braathen de la Cleveland Clinic Florida, conçu par SOM, mise sur la lumière naturelle à travers de grandes ouvertures, des brise-soleil réfléchissants et des circulations baignées de clarté, dans une optique de bien-être et de performance énergétique (South Florida Hospital News).


Parallèlement, des dispositifs comme l’éclairage intégrateur (LED dynamiques simulant les cycles jour/nuit) sont déployés dans les établissements de santé pour soutenir le rythme circadien, améliorer le confort visuel et réduire le stress, tout en s’intégrant à une gestion intelligente de l’énergie (LAMP).


Mieux diagnostiquer les besoins en lumière


Le projet SPECTRACE, porté par l’EPFL et la HEAD – Genève, développe un capteur individuel capable de mesurer l’exposition lumineuse en fonction des longueurs d’onde. Il vise à mieux comprendre les effets de la lumière sur le sommeil, l’humeur ou le système immunitaire, et à proposer une hygiène lumineuse personnalisée. Soutenu par InnoSuisse, ce capteur est conçu comme un objet de e-santé, ergonomique et portable (Cominmag).

Un scénario de transition - Vers une société lumineuse

En 2037, la lumière est devenue un bien commun reconnu et protégé. Les avancées scientifiques sur l'impact de l’éclairage naturel sur la santé et la performance ont conduit à une refonte complète de l’organisation du travail, de l’urbanisme et de l’aménagement intérieur.


Depuis la réforme de 2032, chaque employeur est tenu de prendre en compte le chronotype de ses salariés – matinal ou vespéral – pour organiser les plannings. L’objectif : respecter les cycles biologiques individuels afin de limiter la fatigue chronique, améliorer la concentration et prévenir les troubles de l’humeur. Les entreprises disposent désormais de logiciels de gestion du temps intégrant les données chronobiologiques des collaborateurs. Si cela a permis de mieux répartir les charges de travail et d’augmenter la satisfaction des employés, des tensions subsistent. Certains chronotypes sont stigmatisés, accusés de désorganiser les collectifs ou de bénéficier d’un "traitement de faveur".


Un schéma directeur immobilier national impose, entre autres choses, que toute nouvelle construction publique ou privée intègre une réflexion approfondie sur l’exposition à la lumière naturelle. Pour les espaces aveugles ou insuffisamment exposés, des dispositifs lumineux biomimétiques — imitant le cycle jour/nuit — sont obligatoires. Les diagnostics sont réalisés par la nouvelle Agence nationale de la lumière, chargée de vérifier le respect des normes, d’évaluer la qualité lumineuse des bâtiments et de proposer des améliorations.


Ce mouvement a eu des effets en cascade : des plantes ont été introduites massivement dans les espaces de travail et de soin, profitant des meilleures conditions lumineuses. Résultat : une amélioration mesurable de la qualité de l’air, et un sentiment accru de bien-être chez les occupants.

  • Jusqu’où peut-on (ou doit-on) adapter la société aux besoins physiologiques individuels, comme les chronotypes ?
  • Quelle place pour la norme dans un monde plus individualisé ? Comment articuler des règles collectives (planning, construction, normes d’éclairage) avec la diversité des situations individuelles ?
  • À quel moment la réponse technologique (lumière artificielle, capteurs, dispositifs biomimétiques) devient-elle un problème en soi (consommation, pollution lumineuse) ?

Pour aller plus loin...

Dans le cadre de l’exposition Soleil.s au Mudac de Lausanne, le cabinet Vraiment Vraiment, en collaboration avec Marilyne Andersen (EPFL, LIPID), a imaginé un service public fictif : l’Office cantonal du jour, dédié à la promotion d’une vie exposée à la lumière naturelle.


Ce service se décline en trois volets :


  • Certification des chronotypes pour adapter les horaires de travail ou d’étude aux rythmes biologiques de chacun.
  • Conseils d’adaptation des logements à la course du soleil : aménagements, usages quotidiens, droit à la servitude solaire.
  • Centre d’information santé-lumière, avec outils d’auto-diagnostic et carte fictive d’« accès préférentiel au jour », ouvrant la voie à de nouveaux usages de l’espace public.


Une fiction éclairante pour repenser nos politiques duquotidien à travers le prisme de la lumière.


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