Pensées Prospectives #4 - Le diagnostic à la carte
Data et IA

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"Pensées prospectives" explore une thématique prospective, issue de différentes disciplines, en lien avec les enjeux d’un ou plusieurs pôles de l’Anap. Aujourd'hui, la thématique s'intitule "Le diagnostic à la carte".
Sommaire
De quoi parlons-nous ?
Un scénario de transition : 2025 à 2040
Quelles questions restent en suspens sur l'avenir ?
Pour aller plus loin...
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De quoi parlons-nous ?
Le diagnostic à la carte
Le concept de “diagnostic à la carte” recouvre deux grandes dynamiques :
- Un accès accéléré au diagnostic : possibilité d'obtenir un diagnostic instantané en cas de symptômes, voire une évaluation de son état de santé global, sans attendre un médecin.
- Le diagnostic automatisé : des machine prenant en charge l’acte diagnostique, modifiant ainsi le rôle des soignants.
Quels enjeux pour les établissements et professionnels de santé ?
- Évolution des formations : intégration renforcée des outils numériques, des usages de la donnée et de l’intelligence artificielle dans les cursus.
- Question juridique : une machine peut-elle être reconnue comme médecin et prescrire un traitement ?
- Intégration de ces technologies en établissement, notamment en médicosocial, pour pallier le manque de soignants.
- Fiabilité et risques : quelles conséquences en cas d’erreur diagnostique ? Quels enjeux éthiques ?
- Opportunité pour les déserts médicaux sur certaines pathologies, mais avec des limites sur les plus complexes.
- Gouvernance et souveraineté : qui conçoit ces machines ? Quel contrôle par les médecins ? Où sont stockées les données ?
Un scénario de transition : 2025 à 2040
Imaginez...
2025.
Les citoyens, déjà méfiants envers le système de santé – scandales dans les urgences et Ehpad, déserts médicaux – commencent à se tourner massivement vers l’autodiagnostic en ligne via les applis de suivi de sa santé sur smartphone. Le traumatisme du Covid-19 amplifie cette quête de contrôle individuel.
2030.
Alors que certaines maladies se soignent mieux que dans la décennie précédente (VIH, cancers etc.), les français doivent faire face au développement des maladies chroniques, de polypathologies ou de nouvelles pandémies… amplifié par le changement climatique et le vieillissement de la population. Les pouvoirs publics se tournent donc vers une politique de santé préventive. Les applications de santé deviennent des compagnons incontournables.
Encouragées par les pouvoirs publics pour désengorger les structures de soins, elles transforment la gestion de la santé en une démarche proactive. Parallèlement, une pression sociétale s’installe : prendre soin de soi devient une norme imposée. Refus de partager ses données avec son employeur ou sa mutuelle ? Gare aux malus, voire aux discriminations.
2040.
Plus besoin de consulter un médecin pour un diagnostic initial. Une camionnette autonome, pilotée via l’application « Vite mon diagnostic », s’arrête devant chez vous. En dix minutes chrono, votre bilan est prêt, validé par une intelligence artificielle médicale. Les hôpitaux ne sont plus des lieux d’incertitude ; on y va diagnostic en main, avec un plan de soins déjà recommandé.
Pourquoi ce scénario est-il crédible ? Quelques signaux faibles...
Des cabines de diagnostic disponibles en supermarché ont déjà été mises en place dans les magasins Walmart aux Etats-Unis en 2013, grâce à la solution Solohealth (Healthcare ITNews).
Les innovations technologiques en santé favorisent l'autonomisation des individus dans le suivi de leur état de santé. Les applications, de plus en plus performantes, s’appuient désormais sur des capteurs connectés plutôt que sur les seules déclarations des utilisateurs. Par exemple, la montre Apollon mesure le pouls, la respiration et la température (La Tribune), tandis que le miroir Omnia de Withings, présenté au CES, centralise les données de santé et propose un premier diagnostic via une IA intégrée (L’Usine Digitale). Dans une approche plus poussée, Neko Health, fondée par Daniel Ek (PDG de Spotify), a ouvert un premier cabinet à Stockholm proposant un bilan complet en moins d’une minute. Son scanner analyse peau, tension, glycémie, cholestérol et force de préhension pour 175 € (Next).
L’utilisation des applications de santé est en croissance du fait d’un manque de confiance des patients envers les médecins. Entre 2018 et 2022, l’utilisation de l’auto-quantification de santé par les utilisateurs de smartphones est passé de 9 % à 33 % (Canvas8). Ce chiffre peut s’expliquer d’une part, par la perte de confiance des individus envers les médecins. Les fautes médicales, les diagnostics erronés et la mauvaise communication entre médecins et patients sont à l'origine de cette crise. La peur et le scepticisme poussent les gens à demander un deuxième avis, à utiliser les ressources médicales d'Internet et à reporter les soins médicaux essentiels (The Medicon). Ainsi, 39 % des individus constatent une amélioration de leur bien-être émotionnel lorsqu’ils surveillent leur santé à l’aide de la technologie (Kantar).
Ces outils technologiques rendent les téléconsultations, en hausse depuis la crise du covid-19, plus efficaces.
Dans son rapport charges et produits pour 2024, l’Assurance maladie rapporte les chiffres suivants pour le nombre de téléconsultations réalisées : 80 000 en 2019, 13,6 millions en 2020, 9 millions par an depuis 2021. Il y est précisé que les téléconsultations représentent 4 % des consultations facturées à l’Assurance Maladie.
Quelles questions restent en suspens sur l'avenir ?
Est-ce que ces outils seront accessibles à tous en France, au regard du creusement des inégalités sociales, et des divergences de connectivité entre régions (ces outils nécessitent une connexion 5G performante, voire 6G sur le long terme) ? Ces technologies seront-elles adoptées par les patients et les professionnels de santé, ou susciteront-elles des résistances ?
Pour aller plus loin...
Ces outils, en plus de soutenir une politique de prévention, pourraient également favoriser une surveillance accrue, qu’elle soit exercée par l’État et les services de santé (mutuelles, assurances) ou par la population elle-même. Sur ce dernier point, le projet Mythologies du Futur, qui propose une analyse mêlant anthropologie et design sur le lavage de mains et le
port du masque post-Covid, apporte un éclairage intéressant. En voici une synthèse :
- Réappropriation du masque : D’abord perçu comme une contrainte, le masque a été personnalisé (tissus choisis, designs variés) et est progressivement devenu un signe de bonne santé, voire de pureté. Au-delà de son usage sanitaire, il s’est imposé comme un marqueur social témoignant du respect de l’autre et de l’aptitude à interagir avec le monde.
- Lavage des mains ritualisé : Dans le monde post-covid, le lavage de mains et devenu une obsession quasi-religieuse, avec un rituel très codifié. Que ce soit dans les écoles, dans les entreprises, dans les médias ou dans les lieux publics, des prédicateurs d’un nouveau genre scandent des discours hygiénistes que l’on aurait considéré comme sectaires en 2020. A travers leurs prêches qui prônent les règles de routines de lavage des mains, ils incitent le reste de la société à rejoindre des mouvements idéologiques.
Demain, nos données de santé issues des applications de suivi deviendront-elles le nouveau marqueur de notre bonne santé, affiché pour prouver notre conformité aux normes sociétales ?
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