Pensées Prospectives #2 - Urbanisme circulaire
Immobilier

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Chaque mois, « Pensées prospectives » explore une thématique prospective, issue de différentes disciplines, en lien avec les enjeux d’un ou plusieurs pôles de l’Anap. Aujourd’hui, la thématique s’intitule « L'urbanisme circulaire ».
Sommaire
De quoi parlons-nous ?
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Un scénario de transition : de 2025 à 2040, vers des hôpitaux au coeur des villes
Pour aller plus loin...
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De quoi parlons-nous ?
L'urbanisme circulaire
L’urbanisme circulaire, théorisé par l’urbaniste nantais Sylvain Grisot, repose sur un ensemble de pratiques visant à réduire l’étalement urbain et à lutter contre l’artificialisation des sols. Il propose deux grandes approches pour repenser la ville et optimiser les infrastructures existantes :
- Réemploi : Plutôt que de construire de nouveaux bâtiments, il s’agit de réutiliser les infrastructures existantes pour leur donner une seconde vie. Des bureaux délaissés peuvent ainsi devenir des logements, des écoles ou encore des centres de soins.
- Mutualisation et intensification des usages : Un même bâtiment peut accueillir plusieurs activités selon les horaires ou les espaces disponibles : un centre de consultation médicale qui devient un espace de coworking en soirée, ou un gymnase utilisé à la fois par une école et un hôpital. On parle alors d’économie du partage.
Ces principes conduisent à une nouvelle manière de penser la ville, avec des quartiers autonomes où chaque service est disponible à proximité, réduisant ainsi les déplacements inutiles.
Quels enjeux pour les établissements et professionnels de santé ?
L’urbanisme circulaire a des implications majeures pour le secteur de la santé :
- Repenser la construction des bâtiments de santé : Favoriser la réutilisation des matériaux et la transformation d’anciens bâtiments plutôt que d'en construire de nouveaux.
- Ramener les hôpitaux au cœur des villes : Actuellement souvent éloignés des centres urbains, les hôpitaux doivent être mieux connectés aux réseaux de soins à domicile et aux infrastructures ambulatoires (cf. le concept de ville-hôpital)
- Renforcer l’intergénérationnel : Intégrer les EHPAD dans les quartiers pour favoriser les interactions entre les générations et l’inclusion sociale.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Quelques signaux faibles...
La transformation des bureaux en logements émerge comme une réponse à la vacance immobilière et à la crise du logement. Ce phénomène, encore limité par des contraintes techniques et réglementaires, pourrait s’accélérer avec le soutien des politiques publiques et l’évolution des usages urbains (étude du CBRE). En effet, une proposition de loi visant à faciliter la transformation des bâtiments en habitations est en cours d’examen. Il constitue un signal faible d’une mutation profonde du marché immobilier vers plus de flexibilité et de réversibilité des espaces. Un exemple notable est l’appel à projets « Réinventer Paris » lancé en 2014 par la Ville de Paris auprès de promoteurs et investisseurs, dont la troisième édition va se focaliser sur le thème de la transformation de bureaux en logements.
Le place making, ou la fabrique de l’espace public, est une approche urbanistique qui vise à transformer les lieux en espaces vivants et attractifs en impliquant directement les habitants et acteurs locaux. Des exemples emblématiques illustrent son succès : Times Square à New York, qui est passé d’un carrefour congestionné à un espace piéton animé, ou encore les "Rues aux enfants" en France, où certaines artères sont réservées aux piétons pour favoriser les interactions sociales. Cette approche se généralise face aux défis climatiques et sociaux, avec des villes qui misent de plus en plus sur des aménagements flexibles, résilients et inclusifs.
Le concept d’Housing as a Service (HaaS) transforme l’accès au logement en un modèle flexible et à la demande, à l’image des services d’abonnement. Plutôt que de posséder ou de louer un espace de manière rigide, les résidents peuvent adapter leur habitat à leurs besoins grâce à des solutions modulables et intégrées. Des exemples concrets illustrent cette évolution : Compose et Ivynest proposent des logements à partager, parfois avec services inclus (voiture électrique, vélos, service de nettoyage…). Cette tendance, portée par la numérisation et l’évolution des modes de vie (télétravail, mobilité accrue), répond aux enjeux de flexibilité et de durabilité.
L’ « hôpital urbain intégré » s’ancre dans la ville pour favoriser accessibilité et mixité des usages. Un exemple concret illustre cette tendance : le Centre Hospitalier de Wallonie Picarde (Tournai), une institution de 925 lits et places dont la seconde phase est en cours de développement, qui dispose d’un vaste parvis urbain, pour privilégier la mobilité douce et la végétation urbaine, d’une galerie publique sur trois niveaux à l’interface avec l’hôpital et des fonctions récréatives, commerciales, des salles de conférence et, l’hôpital intègre également une crèche, un hôtel de soins et des locaux administratifs décentralisés.
Un scénario de transition : de 2025 à 2040, vers des hôpitaux au coeur des villes
Imaginez...
2025
Les impacts du réchauffement climatique et la crise énergétique post-Ukraine poussent les pouvoirs publics à renforcer la rénovation énergétique des bâtiments. Toutefois, l’instabilité économique et politique ralentit ces efforts, notamment dans le secteur public, malgré l’existence de solutions technologiques et architecturales. Parallèlement, la crise sanitaire a modifié les modes de vie : le télétravail se généralise, réduisant les déplacements longue distance et accélérant la transformation des quartiers en espaces multifonctionnels.
2033
Le seuil des +2°C est franchi, intensifiant les canicules. Les villes repensent leur organisation : face à des températures estivales extrêmes, les longs trajets domicile-travail deviennent impraticables. De nombreux anciens bâtiments industriels, devenus obsolètes, sont réhabilités en logements, bureaux et services de proximité. Les infrastructures hospitalières s’adaptent à ces mutations en se rapprochant des centres-villes et en partageant leurs espaces avec d'autres activités : accueil de centres sociaux ou des services administratifs. L’objectif est de limiter les déplacements et d'assurer une résilience fonctionnelle.
2040
La crise climatique s'aggrave et les migrations climatiques augmentent la pression sur les infrastructures urbaines. Heureusement, l'adaptation initiée depuis une décennie porte ses fruits : les quartiers plus denses, pensés pour être autonomes, permettent d'intégrer plus facilement les nouveaux arrivants. L’urbanisme circulaire devient une norme : les hôpitaux s’intègrent aux quartiers, favorisant la prise en charge de proximité et la mixité des usages.
Quelles questions restent en suspens sur l'avenir ?
Ce scénario met en avant une situation environnementale tendue comme un accélérateur de la transition des modèles d’urbanisme et de conception des bâtiments. Or, d’autres leviers pourront jouer ce rôle : la pression réglementaire, une volonté sociétale forte, la découverte de nouveaux matériaux… La transition des bâtiments nécessite de nouveaux modèles économiques, une main d’œuvre qualifiée et des ressources : seront-ils disponibles dans une situation de poly-crises ? Les citoyens feront-ils preuve d’une capacité de résilience et d’adaptabilité face à ces nouveaux modes de vie ?
Pour aller plus loin...
L’adaptation des bâtiments aux défis futurs est un enjeu clé, notamment face aux mutations climatiques, numériques et démographiques. L’ADEME et le CSTB ont lancé la démarche de prospective collective « Imaginons ensemble les bâtiments de demain », visant à explorer les évolutions possibles du secteur d’ici 2050. Les résultats de cette réflexion collective serviront de référence pour guider les politiques et projets à venir. A découvrir.